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              Discours de Jean-Marie Barbier, 
                       président de l'APF
        Lors de la manifestation du 29 mars "Ni Pauvres Ni Soumis"


      Chers amis,

Notre mission n'est pas de panser des plaies mais bien de défendre des droits ! En effet, la situation est grave : des centaines de milliers de personnes sont condamnées à vivre toute leur vie sous le seuil de pauvreté. Cela fait des années que cela dure, tant d'années, trop d'années que nous dénonçons cette situation. La loi du 11 février 2005, en dépit de nos efforts n'a pas apporté de réponse à cette question des ressources. Notre mobilisation d'aujourd'hui, j'en suis sûr, y parviendra !
Seule l'union peut permettre de relever le défi qui nous attend. L'union, c'est-à-dire la conjugaison de nos forces, de notre liberté et de nos identités respectives.
Le mouvement " Ni pauvre, ni soumis " a cette vocation de nous rassembler. Ni Pauvre ni soumis, ce n'est pas un mouvement catégoriel.

Ce n'est pas une énième action de communication. Ce n'est pas un mouvement politisé, ce n'est pas une cause perdue. C'est un mot d'ordre, une bannière, l'étendard d'un mouvement citoyen que nous avons le devoir et le pouvoir de porter !

Sur cette question des ressources, on nous oppose sans cesse un soi- disant principe de réalité. Mais pour nous, le vrai principe de réalité, c'est bien qu'entre handicap, maladie et pauvreté, il y a un intrus que l'on peut supprimer tout de suite !

Alors, on nous dit : " on va vous trouver du travail ! ".
On est pour, on n'attend que ça ! À condition que tout le monde joue le jeu ! A condition de ne pas y perdre en termes de ressources ou de droits connexes ! A condition aussi que le fait de nous embaucher ne soit pas vu comme une Bonne Action par l'entreprise et que nous ne servions pas une fois de plus de faire-valoir !

Mais lorsque l'on a dit cela, nous savons bien qu'il y a des centaines de milliers de personnes qui ne peuvent pas s'inscrire dans ce schéma : la valeur " travail ", tout le monde semble oublier cette évidence, ne peut concerner que celles et ceux qui peuvent effectivement travailler !

Et il y a aujourd'hui beaucoup de personnes qui ne peuvent pas, ou plus travailler ou pour lesquelles il est illusoire d'envisager sérieusement un accès ou un retour au travail. Ce n'est pas une tare, ce n'est pas une honte, c'est juste la réalité.

Qui sont ces personnes dont nous parlons ? Eh bien ce sont les personnes en situation de handicap ou atteintes d'une maladie invalidante quel que soit leur âge, qu'elles vivent à domicile ou en établissement. Ce sont ces familles qui s'inquiètent de l'avenir de leur enfant, qui aimeraient leur offrir d'autres perspectives que celle d'une précarité et d'une insécurité financière toujours croissantes.
Et que deviennent-elles, ces personnes ? Comment vivent-elles ? Que leur propose-t-on concrètement ? Je vais vous le dire ce qui leur est proposé : rien du tout !

Rien du tout, c'est accepter qu'elles puissent tout juste s'alimenter, payer leurs factures, et encore, et attendre que la vie passe ainsi jusqu'à la mort. Rien du tout, c'est finalement sous-entendre que ces personnes n'ont pas d'envie, pas de projets.

Alors que demandons-nous ? Un revenu d'existence décent !
-      Un revenu, donc personnel et soumis à cotisations, parce que nous refusons l'assistanat, le recours à l'aide sociale mais qu'au contraire on souhaite participer !
-      D'existence, parce qu'il s'agit bien de vivre, pour les personnes qui ne peuvent pas ou plus travailler, et non pas de survivre. C'est bien d'existence et non d'assistance dont on parle !
-      Décent, donc au moins égal au SMIC brut, valeur référence dans le travail mais aussi au-delà. Ainsi, quand un parent fait une demande de regroupement familial, il doit justifier de gagner plus que le Smic. C'est bien là une reconnaissance que l'on ne peut pas vivre avec moins !

Alors sommes-nous pour autant des idéalistes, des précurseurs, des iconoclastes… ? Non. Notre revendication est basée sur le droit, le droit le plus indiscutable dans notre pays : la constitution Française !

L'alinéa 11 du préambule de la Constitution de 1946 précise : " Tout être humain qui, en raison de son âge, de son état physique ou mental, de la situation économique, se trouve dans l'incapacité de travailler a le droit d'obtenir de la collectivité des moyens convenables d'existence ".

Et l'opinion publique dans tout ça ? Qu'en pense-t-elle ?
Eh bien, figurez-vous qu'elle nous est acquise et même davantage ! L'enquête d'opinion que nous venons de faire réaliser par l'IFOP montre que 90 % des Français sont favorables à la création du revenu d'existence égal au Smic brut pour les personnes qui ne peuvent pas ou plus travailler. Et, si j'osais, je vais oser, je vous dirais que 90 % ce n'est pas 53 ou 54 % ! Ce n'est pas l'expression traditionnelle d'un clivage politique. C'est l'expression d'une reconnaissance quasi unanime par nos concitoyens qu'une telle mesure serait simplement juste, foncièrement juste.

Alors, si nous avons le droit et l'opinion pour nous, il ne nous reste plus qu'à nous compter et à montrer le 29 mars prochain, lors de notre marche vers l'Elysée, combien nous sommes. Je ne résiste pas à l'envie de glisser cette citation tirée du Cid : " Nous partîmes cinq cents ; mais par un prompt renfort, nous nous vîmes trois mille en arrivant au port ".

 A cette différence près, bien sûr, que nous serons dix fois plus nombreux !

Vous vous en doutez, on va sans doute essayer de nous diviser, de nous séduire, de nous amadouer. Attention à ne pas nous laisser bercer par le champ des sirènes et à nous tenir prêts à résister aux pressions et au rapport de force que le gouvernement pourrait engager ! Car c'est bien de l'addition de nos différences et de nos forces que notre combat tirera sa légitimité.

Je n'ai pas l'habitude d'être aussi solennel, je termine juste ce mot en vous disant qu'un projet de société qui ne permet pas à chacun de pouvoir formuler et mettre en œuvre ses projets n'est que le projet d'UNE société, dont à l'évidence NOUS sommes exclus. Ni Pauvre ni soumis, c'est faire en sorte que le projet de société qui nous est proposé change profondément pour prendre en compte l'ensemble des citoyens, dont NOUS serions enfin des acteurs comme les autres, différents comme chacun des autres. Ni pauvre ni soumis, c'est faire en sorte que les valeurs de solidarité, de participation, de non-discrimination, de respect et de dignité cessent d'être des mots, encore des mots, toujours des mots, rien que des mots dans le discours de nos politiques. Ce que nous attendons d'eux, ce que nous exigeons d'eux, c'est qu'ils en viennent enfin aux actes !

Comme vous pouvez le constater, l'APF est fortement déterminée et ne lâchera rien. Nous espérons qu'il en sera de même pour vous, je forme le souhait que nous soyons tous unis autour de ce mouvement qui doit démontrer que les valeurs qui nous sont communes et ce qui nous unit est bien plus fort que ce qui nous distingue.